Le projet

Synopsis

A Genève, dans un atelier-jardin lové au fond d’un petit square le long de la voie ferrée, trois professionnels réservent un accueil sans condition à une population mélangée d’urbains en difficultés psychiques ou souffrant de solitude. A l’atelier Galiffe se croisent des personnalités de tous âges et toutes origines, qui y trouvent un lieu où exister avec leurs difficultés d’être. On y propose des activités manuelles ou du jardinage, ou de participer à la préparation d’un repas ou de simplement rester là et se sentir néanmoins appartenir à un groupe humain bienveillant. A l’heure où les avancées des neurosciences et l’arrivée des robots nous promettent des bouleversements culturels, sociaux et sanitaires sans précédents, il s’agit de garder la trace de la profondeur des trajets de vie de ces personnes « non-conformes » ainsi que des options professionnelles de celles et ceux qui font ce lieu.

Protagonistes : gens de Galiffe, héros ordinaires

A l’atelier Galiffe se retrouve un public composite de personnes marginalisées, qui viennent de leur plein gré, sans obligation ni d’inscription ni de régularité. Elles ont pour la plupart un domicile fixe et sont en général connues des services sociaux. Chacun-e vaque aux activités de son choix, ou ne fait rien, selon l’humeur du jour. Les personnalités sont originales et souvent attachantes, elles y trouvent un cadre contenant pour traverser des turbulences intimes parfois gravement invalidantes.

Trois animateurs professionnels accueillent les gens comme ils sont, tous les après-midis de la semaine, assurent un cadre sécurisant et bienveillant sans établir de dossiers ni fixer d’objectifs thérapeutiques, mais avec la volonté de soutenir la valorisation de soi et la consolidation du lien social. Une demi-douzaine de bénévoles se joignent régulièrement à elles-eux pour proposer des activités spécifiques ou des balades. Deux fois par semaine des ateliers de dessin et peinture ont lieu le matin.

Thème : la fragilité psychique au temps de l’économie néo-libérale

La détérioration de la situation économique provoque une augmentation de la souffrance psychique, à Genève comme ailleurs dans nos sociétés occidentales du XXIe siècle. Le nombre des bénéficiaires de l’aide sociale explose, à quoi s’ajoute l’épuisement professionnel croissant des travailleurs de la santé mentale. Toutefois l’hôpital psychiatrique n’est aujourd’hui plus un lieu de vie : les séjours de prise en charge sont brefs et on y mise plutôt sur la chimie pour remettre les gens d’aplomb dès que possible et les renvoyer dans leur contexte. La création de l’atelier Galiffe – au sein du Réseau genevois et romand d’aide à la santé et à l’intégration de personnes souffrant de troubles psychiques – date des années 80, au moment où le mouvement anti-psychiatrique cherchait une alternative à ce qui à l’époque était souvent vécu comme un enfermement.

Les choses ont heureusement bien évolué depuis ce temps-là, sous l’influence de différents acteurs tant médicaux qu’associatifs. Je compte contextualiser l’existence de l’atelier Galiffe en interviewant à la fois des professionnels de la santé mentale et des personnalités politiques pour tenter de capter comment ils-elles voient l’intégration sociale et l’évolution du mot humain à l’heure où l’humanisme donne des signes d’obsolescence, ainsi que les perspectives de la santé mentale publique à l’heure où les robots s’apprêtent à prendre la main sur le travail des humains.